Dans Pokémon × Kogei, Pikachu devient le personnage d'une installation de coton et de dentelle, au milieu d'une forêt imaginée par Reiko Sudo. Morihito Katsura, lui, donne à Noctali la forme d'une broche ou d'un ornement en métal pour l'obi, la ceinture d'un kimono. La créature reste reconnaissable, mais la question change : comment faire tenir ses formes dans un matériau, sous la main d'un artisan ?
L'exposition réunit vingt artistes des métiers d'art japonais. À Miyagi, du 10 octobre au 27 décembre 2026, elle présente environ cent œuvres. Pour une famille qui connaît d'abord les Pokémon par le jeu, les cartes ou le coloriage, le plaisir vient de cette rencontre entre un personnage familier et un geste moins familier : tourner la terre, construire un volume, travailler le fil ou graver le métal.
Vingt artistes, autant de façons de faire apparaître un Pokémon
Le site officiel de Pokémon × Kogei présente le projet comme une rencontre entre les créatures et les métiers d'art japonais. Les œuvres prennent plusieurs voies : elles reprennent une silhouette, évoquent un mouvement ou un souvenir de partie, ou donnent une place au Pokémon sur un objet du quotidien. Une tasse, une jarre, un textile et une pièce de métal posent chacun un autre problème à celui qui les crée.
L'étape du musée d'histoire du Tōhoku, à Tagajō dans la préfecture de Miyagi, est annoncée comme la dernière au Japon ; le site officiel annonce aussi une présentation à Taipei en 2027.
Les fiches des œuvres montrent des techniques, des dimensions et des usages très différents. C'est là que la visite devient intéressante pour un enfant qui connaît déjà les personnages : on peut chercher ce qui permet de les reconnaître alors que la matière change complètement.
Dracaufeu prend forme dans une jarre
La céramiste Keiko Masumoto présente une œuvre intitulée Charizard/Shigaraki Jar, une jarre associée à Dracaufeu. Sa fiche indique du grès, un travail au tour et un modelage à la main. Ces trois indications suffisent à déplacer le regard. Une image de Dracaufeu peut suggérer la masse du corps et la courbe des ailes avec quelques traits ; avec la jarre, cherchez comment sa silhouette se combine au volume du récipient. Le titre de l'œuvre rapproche une créature de feu d'une forme de poterie traditionnelle, sans réduire l'une à la décoration de l'autre.
Avec ses tasses Pikachu, Takuro Kuwata choisit une autre échelle : celle d'un objet que l'on pourrait tenir dans les mains. Sa fiche énumère porcelaine, grès, émail et décors métalliques. La taille, le poids et la surface comptent alors autant que les oreilles ou la couleur. Un artisan ne copie pas seulement un contour : il décide comment la créature existe dans la matière de son métier.
Cette différence donne une première clé d'observation : demandez à l'enfant où il voit le Pokémon, puis où il voit la jarre ou la tasse. Cherchez comment une même forme permet de reconnaître le Pokémon tout en composant une jarre ou une tasse.
Pikachu dans une forêt de fils, Noctali en broche
Reiko Sudo présente Pikachu's Adventures in a Forest, une installation en coton et dentelle. Le titre introduit déjà une situation : Pikachu se trouve dans une forêt, au lieu de poser seul comme sur une carte. Sa fiche décrit une dentelle à l'aiguille en coton, fabriquée à la machine. Une piste d'observation consiste à suivre du regard les vides et les passages que dessine le fil.
Morihito Katsura donne, lui, à Noctali la forme de trois objets portés : deux ornements d'obi et une broche. Leur fiche mentionne alliage de cuivre, or, argent, gravure, martelage, incrustation et patine. Sur ces objets portés, on reconnaît le personnage à ses signes distinctifs. Devant la pièce, cherchez la forme qui vous fait dire « Noctali » avant même de penser à ses couleurs habituelles.
La jarre, la dentelle et la broche ne racontent donc pas la même transformation. La première donne un volume à une créature, la deuxième fait entrer un personnage dans un espace de fils, la troisième condense sa silhouette dans un objet porté.
Une petite enquête à faire avec un enfant
Si vous regardez les œuvres sur le site de l'exposition, choisissez-en trois, de matières différentes. Pour chacune, posez deux questions dans cet ordre : « Quel Pokémon reconnais-tu ? » puis « Comment crois-tu que l'objet a été fabriqué ? » La seconde réponse gagne à rester une hypothèse jusqu'à la lecture de la fiche. Un aspect brillant ne prouve pas à lui seul qu'une pièce est en métal ; une surface lisse ne dit pas si une forme a été tournée ou modelée.
Prenez ensuite une feuille et dessinez un Pokémon connu, par exemple Pikachu, de trois façons : comme un vase, comme un morceau de tissu, puis comme une petite broche. Le jeu consiste à choisir les signes indispensables, comme les oreilles, la queue et la posture, puis à imaginer ce que chaque matière autorise. Pour la broche, choisissez les détails qui resteront reconnaissables à petite taille ; pour le vase, cherchez comment les répartir sur le volume du récipient. Un enfant peut expliquer son choix avec ses propres mots.
Cette activité donne des mots pour regarder : matière, contour, taille, relief, usage. L'enfant qui sait déjà nommer les Pokémon peut devenir celui qui repère un détail que l'adulte avait manqué.
Miyagi montre aussi ce qui change au fil de la tournée
Le communiqué de la préfecture de Miyagi annonce environ cent pièces dans cette étape, contre environ soixante-dix au début du parcours.
Pour une visite sur place, le musée d'histoire du Tōhoku accueille l'exposition à Tagajō jusqu'au 27 décembre 2026. Vérifiez les horaires, jours de fermeture et modalités sur le site officiel avant de vous déplacer. Le musée indique par ailleurs que les photographies des œuvres sont autorisées sur place, contrairement à la vidéo. À la maison, reprenez une photographie de chaque matière et demandez à l’enfant quel détail lui a fait reconnaître le Pokémon. Comparez ensuite la jarre, la dentelle et la broche sans perdre de vue leurs formes différentes.
Pokémon × Kogei donne aux familles un autre réflexe que la reconnaissance immédiate du personnage. Après avoir nommé Pikachu, Dracaufeu ou Noctali, on peut regarder ce que font la terre, le fil et le métal à leurs formes. Le Pokémon ouvre la porte ; le métier d'art donne envie de rester devant l'objet un peu plus longtemps.



